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Biographie

Dr CLAUDINE MONTEIL

Femme de lettres, spécialiste des droits des femmes et de la philosophie féministe, conférencière

Claudine Monteil est une femme de lettres et féministe française. Titulaire d’un doctorat de troisième cycle de l’université de Nice (1984) sur “L’engagement féministe de Simone de Beauvoir dans son œuvre et dans sa vie” elle se lie d’amitié, l’année de ses vingt ans, avec Sartre, Simone et Hélène de Beauvoir. Elle côtoie aussi les membres de leur entourage. Monteil est l’auteure de six ouvrages les concernant dont Les Amants de la Liberté et Les Soeurs Beauvoir (éditions 1/Calmann-Levy), traduits dans plusieurs langues, d’une biographie sur Charlie et Oona Chaplin (avec le témoignage de Géraldine Chaplin) et d’un thriller Complots mathématiques à Princeton (éditions Odile Jacob) sur une guerre que se livrent services secrets, mathématiciens, Wall Street et diplomates.

Elle a publié en septembre 2011 un essai-document Simone de Beauvoir et les femmes aujourd’hui aux éditions Odile Jacob. Soixante ans après la publication du Deuxième Sexe, Monteil propose des pistes constructives pour les femmes au XXIème siècle et présente des témoignages de femmes des cinq continents sur leurs conditions

Après les évènements de mai 1968 Claudine Monteil milite dans le mouvement étudiant et rencontre Jean-Paul Sartre. Elle reste en contact avec lui jusqu’à son décès en 1980. Monteil quitte très vite les groupes étudiants dirigés par des hommes indifférents à la condition des femmes.

En 1970 elle participe aux actions du Mouvement de Libération des Femmes. La même année Simone de Beauvoir entend parler de son action auprès de femmes travaillant dans des usines et demande à la rencontrer. Très vite leur complicité se transforme en une amitié forte qui durera jusqu’à la disparition de l’auteure du Deuxième Sexe en 1986. Malgré la différence d’âge -Beauvoir avait 62 ans, Monteil 20- ensemble elles montent des actions qui joueront un rôle de levier pour changer les lois françaises et ébranler le Code Napoléon qui faisait de la femme une mineure incapable : publication du Manifeste des 343, lutte pour la libéralisation de l’avortement, amélioration de la condition des mères célibataires etc. Ces évènements sont relatés dans les mémoires de Claudine Monteil, Simone de Beauvoir, Le Mouvement des Femmes, Mémoires d’une jeune fille rebelle, Editions Alain Stanké, Montréal 1995, Editions du Rocher, Paris 1996.

Monteil a également consacré à Sartre et Beauvoir une biographie témoignage, Les Amants de la Liberté, l’aventure de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir dans le siècle, Editions 1/Calmann-Levy, 1999. Ce livre a été traduit en plusieurs langues et publié en livre de poche aux éditions Flammarion, collection J’ai Lu n°6133.

Claudine Monteil est issue d’une famille de scientifiques français. Sa mère, Josiane Serre, a dû surmonter de nombreux obstacles après la Deuxième Guerre Mondiale pour accomplir sa carrière de chercheuse. Dr Josiane SerreLe monde scientifique ne souhaitait pas (à l’exception de la famille de Marie Curie) accorder aux femmes des positions universitaires dans l’enseignement supérieur et dans les secteurs de la recherche scientifique.

Josiane Serre ( ici, sur la photo) persévère cependant. Ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure de Jeunes Filles (ex-Sèvres), agrégée de chimie, elle passe un doctorat d’Etat en chimie, et devient plus tard directrice de l’Ecole Normale Supérieure de Jeunes Filles (ex-Sèvres) puis présidente du conseil d’administration de l’Ecole Normale Supérieure (une fois Ulm et Sèvres réunis). La mère de Claudine Monteil utilise ses responsabilités universitaires pour obtenir de l’Etat français, dans les années 1970, l’ouverture aux femmes des concours des grands corps de l’Etat et de postes de responsabilité qui étaient jusqu’alors réservés aux hommes. Certaines de ses anciennes élèves occupent aujourd’hui des fonctions importantes dans le monde de la finance, de l’industrie, de la politique ainsi, bien sûr, que dans celui de la recherche scientifique (elle est citée dans l’ouvrage d’Anne Lauvergeon, “Une femme qui résiste“).

Sa détermination fut une inspiration et un modèle pour sa fille dans sa lutte pour l’amélioration des droits des femmes. Enceinte de Claudine Monteil, Josiane Serre avait lu le texte fondateur du féminisme contemporain, Le Deuxième Sexe, de Simone de Beauvoir, lors de sa parution en 1949.

Une jeunesse internationale

Dès son plus jeune âge Claudine Monteil a l’occasion de voyager à travers le monde et de s’immerger dans l’univers anglo-saxon. Lorsque sa famille ne vit pas à Paris, elle séjourne à Princeton, New Jersey (Etats-Unis) où son père, le mathématicien Jean-Pierre Serre, médaille Fields et prix Abel, est invité à effectuer ses recherches à l’Institut d’Etudes Avancées (Institute for Advanced Study). Durant son enfance à l’école publique de Princeton, elle se lie d’amitié avec la seule petite fille africaine-américaine de sa classe. Monteil était son unique amie et toutes deux doivent faire face au harcèlement raciste des autres enfants qui ne tolèrent pas cette complicité. Elle vit donc très tôt la réalité du racisme et depuis lutte contre celui-ci où qu’elle se trouve. En 1969 Claudine Monteil est étudiante en troisième année de licence aux Etats-Unis, au Collège de Haverford, en Pennsylvanie, première année où ce Collège accepte les candidatures féminines.

Ses voyages et ses rencontres avec des scientifiques du monde entier l’ont conduite à s’intéresser très tôt à la vie politique, économique et sociale des autres pays. Elle apprend le russe au lycée et se rend en école d’été à plusieurs reprises à Moscou, Saint-Pétersbourg, Kiev et Sotchi. Ces allées et venues entre les trois univers, américain, européen et soviétique à une époque de tension internationale représentent une expérience rare. La guerre froide est à son apogée. Personne n’envisage la chute du Mur de Berlin. Claudine Monteil peut ainsi comparer les forces et les faiblesses de ces différentes cultures.

Elle découvre par exemple que les ouvrages de Simone de Beauvoir, en particulier Le Deuxième Sexe, sont interdits en Union Soviétique. Le Kremlin considérait en effet cet essai destiné uniquement aux « bourgeoises » de la haute société capitaliste. Par le communisme les femmes étaient sensées être émancipées et n’auraient donc pas eu besoin de se plonger dans cette lecture. La réalité était bien sûr différente.

Rencontre avec Simone et Hélène de Beauvoir

Outre leurs actions en commun pour les droits des femmes auxquelles participent également l’avocate Maître Gisèle Halimi, l’actrice Delphine Seyrig, la romancière Monique Wittig, Anne Zelensky, Liliane Kandel membre du Comité des Temps Modernes, Maryse Lapergue, Marie-Joe Bonnet, Annie S. et d’autres, Simone de Beauvoir présente à Claudine Monteil sa sœur, l’artiste peintre Hélène de Beauvoir, qui tient à rejoindre le mouvement féministe.

Claudine Monteil et Carol Downer avec Hélène de BeauvoirUne amitié forte s’en suit. Celle-ci durera jusqu’à la disparition de l’artiste en 2001, vingt-six ans plus tard. Hélène de Beauvoir laisse une œuvre de plusieurs centaines de tableaux, gravures sur burins, et aquarelles. Ses toiles furent exposées dans de nombreux pays dont les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, l’Italie et la France. (Voir passage concernant la chronologie de ses expositions et le site sur Helene de Beauvoir.com présenté par la galerie de peintures Hammer de Regensburg, en Allemagne, où figurent des reproductions de ses œuvres). Très en avance sur les préoccupations de son époque en matière d’environnement et de développement durable, Hélène de Beauvoir s’inquiète de l’avenir de la planète. Ses tableaux mettent en scène les femmes aux prises avec la société mais aussi avec la nature végétale ou animale et la destruction de la planète.

Ses toiles offrent aussi un regard original sur les pays où elle vécut avec Lionel de Roulet, son mari, ancien étudiant de Sartre au lycée du Havre puis attaché culturel: Le Portugal pendant la deuxième guerre mondiale, l’Autriche sous le contrôle allié en 1945 en pleine misère, la Yougoslavie de Tito, le Maroc et enfin l’Italie, Milan lors de la glorieuse époque de La Callas. Ses peintures, aquarelles et burins présentent les paysages, les vies des populations d’alors, et la condition féminine dans des contextes culturels et politiques différents. Avec l’aide du galeriste Ludwig Hammer, ces toiles continuent d’être exposées.

Hélène de Beauvoir et Lionel de Roulet s’installent dans les années 1970 dans le village de Goxwiller près de Strasbourg. Lorsqu’Hélène se rend à Paris, elle s’installe dans l’appartement de Monteil, sur la Rive Gauche de la Seine, à Montparnasse. Simone de Beauvoir y vient en voisine tenir des réunions et rendre visite à sa sœur. Hélène de Beauvoir séjourne chez Claudine Monteil lors du décès de Sartre, en avril 1980. Elle la retrouve dans les mêmes conditions en 1986 lors de la disparition de Simone de Beauvoir.

A l’occasion des obsèques de Simone de Beauvoir, Claudine Monteil publie deux articles le même jour dans le quotidien Le Monde:  une nécrologie portant sur la vie et l’œuvre de Simone de Beauvoir (intitulée « un devoir pour les femmes : vivre ») et un entretien avec Hélène de Beauvoir concernant sa sœur. En 2003 Claudine Monteil rend hommage aux deux sœurs en publiant Les Sœurs Beauvoir, Editions 1/Calmann-Levy, traduit dans plusieurs langues.

En 1974 Monteil rencontre à Paris la féministe américaine Carol Downer qui milite pour que les femmes s’autorisent une meilleure connaissance de leur propre corps. A l’époque très peu d’études étaient menées sur le cancer du sein ou sur d’autres maladies féminines. Monteil s’engage à ses côtés. Entre 1975 et 1979 elle séjourne, l’été, comme bénévole au Centre Féministe de Santé des Femmes (Feminist Women’s Health Center) de Los Angeles, alors dirigé par Carol Downer. Elle participe aux recherches et découvertes qui permettent aux femmes de s’examiner elles-mêmes et de mieux se connaître. Claudine Monteil rapporte cette expérience aux féministes françaises et aux sœurs Beauvoir, très intéressées par cet exemple venu d’outre Atlantique.

Hélène de Beauvoir accompagne Claudine Monteil à Los Angeles en 1979 afin d’appuyer ces cliniques féministes désormais ouvertes dans plusieurs villes des Etats-Unis : celles-ci offrent des services à des tarifs peu onéreux sur les questions de contraception, d’interruption volontaire de grossesse, de soin gynécologique, d’insémination artificielle et d’éducation sexuelle. Ces cliniques deviennent la cible de groupes anti-avortements, souvent violents : invasions, attaques chimiques, bombes se succèdent.

La modernité de l’oeuvre de Simone de Beauvoir

Claudine Monteil à Regensburg, AllemagneEn 2006, à l’occasion du vingtième anniversaire de la disparition de Simone de Beauvoir, Claudine Monteil publie un ouvrage illustré, Simone de Beauvoir, côté femme, cinquante histoires, Paris, Timée éditions, 2006. Claudine Monteil considère par ailleurs les conférences qu’elle donne à l’étranger comme la poursuite de l’action de Sartre, de Simone et Hélène de Beauvoir, en faveur des droits des femmes.

En 2009 pour le soixantième anniversaire de la publication du Deuxième Sexe  Claudine Monteil publie un essai intitulé Simone de Beauvoir, modernité et engagement, editions L’Harmattan,  dans lequel elle rappelle la modernité des actions et des combats de Simone de Beauvoir. Elle analyse aussi son oeuvre littéraire et rend compte de ses discussions avec Simone de Beauvoir sur ces différents sujets. Monteil  a aussi consulté les archives diplomatiques ayant trait aux déplacements de Sartre et Beauvoir à l’étranger et présente les compte-rendus des ambassades les concernant. Ces archives n’avaient pas été jusqu’à présent exploitées.

Monteil est déjà intervenue dans de nombreuses universités parmi lesquelles Athènes, Bryn Mawr, Fès, Oxford, Trinity College à Cambridge, Stockholm, Paris, Göteborg, Haverford, Lisbonne, Concordia à Montréal, Newcastle, Turin, Ankara, Norman, Istanbul, Rochester, Rutgers, Rome, Pittsburgh, Paris (Sorbonne et Sciences Politiques).

Elle est membre de la Société Internationale Simone de Beauvoir, société littéraire présidée par la professeure Yolanda Astarita Patterson, spécialiste de Simone de Beauvoir et d’Albert Camus. En mars 2002 Claudine Monteil a été élevée au rang de Chevalier de l’Ordre de la Légion d’Honneur pour sa contribution à l’amélioration des droits des femmes en France.

Monteil a publié des poèmes dans des revues littéraires et prépare un recueil de ses poésies.

Très intéressée par l’œuvre et par la personnalité de Charles Chaplin, elle a sorti en 2001 une biographie sur lui et sur son épouse Oona Chaplin, fille du prix Nobel de littérature Eugène O’Neill, intitulée Les Amants des Temps Modernes, Charles et Oona Chaplin Editions 1/Calmann-Levy, Paris. Grâce aux témoignages de certains des enfants du couple, en particulier de l’actrice Géraldine Chaplin, Monteil a eu la chance de recueillir des anecdotes et des témoignages uniques. Claudine Monteil donne également des entretiens et des conférences sur les Chaplin inspirés de ses recherches.

Claudine Monteil a donné de nombreuses conférences à l’occasion de la célébration, à travers le monde, du centième anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir, le 9 janvier 2008. En 2009 elle s’est exprimée dans la presse, sur plusieurs chaînes de télévision françaises et étrangères à propos du soixantième anniversaire de la publication du Deuxième Sexe. Le 9 juin 2010, a été célébré le centième anniversaire de la naissance de sa sœur Hélène, artiste peintre.

Son dernier ouvrage “Simone de Beauvoir et les femmes aujourd’hui“ (Editions Odile Jacob) a reçu de très bonnes critiques.

Si vous avez des questions à poser à Claudine Monteil ou si vous souhaitez vous entretenir avec elle de projets de conférences, vous pouvez lui adresser un courriel avec le formulaire de contact.